PAUVROPHOBIE

Publié le par mraplunellois

PAUVROPHOBIE

Le Mardi 8 Novembre de 17h30 à 18h30, l’émission mensuelle du Mrap Lunellois Petite Camargue sur Radio Système Vauvert 93.7

dans le cadre du 6° Printemps contre le racisme et les discriminations

a été consacrée aux discriminations liées à la précarité sociale

Avec la participation des « Mamaraudeuses » une association lunelloise, qui a pour ambition d’accompagner les personnes en grande difficulté

et de Michel  GERMONT  Cadre  en  retraite  d'un  office  HLM  de la région  parisienne. Spécialiste  du  logement social. Militant  syndicaliste.

Pour nous Mrap , dont la thématique principale est la discrimination liée à l’origine, parler d’autres discriminations et de celle-ci en particulier, est une évidence, car nous savons que trop souvent le poids des discriminations s’ajoutent sur les épaules des mêmes personnes , et les rendent encore plus vulnérables.

L’émission a été l’occasion de parler, en la faisant connaitre, d’une loi toute récente, puisqu’elle est datée du 24 Juin 2016, ses décrets d’application étant sortis durant ce mois de Novembre.

Cette loi que vous pouvez découvrir sur le site Legifrance ajoute ce critère de discrimination aux vingt autres déjà notés sous cette formulation « discrimination à raison de la précarité sociale », précisément « de la particulière vulnérabilité résultant de leur situation économique, apparente ou connue de son auteur » (de l’auteur de la discrimination).

Le travail sur l’émission nous a également permis de découvrir que cette discrimination avait reçu un nom après une consultation sur les réseaux sociaux par l’association ATD Quart Monde : Pauvrophobie.

Nos invités ont été d’accord pour reconnaitre que l’adoption ne pouvait être qu’un plus, d’une part pour aider à faire reconnaitre la réalité de la discrimination, d’autre part pour permettre aux associations de l’utiliser dans la défense des discriminés. Ils ont néanmoins souligné que, comme dans de nombreux autres cas, si la loi est nécessaire, elle est loin d’être suffisante pour s’attaquer au problème.

Retrouvez dans notre émission, l’ensemble des arguments et des exemples concrets amenés par nos invités.

https://soundcloud.com/radio-systeme/mrap-emission-du-8112016-theme-precarite-et-pauvrete-les-mamaraudesmichel-germont

Pour finir, sur le même sujet, il est intéressant de lire l’ouvrage primé par le Goncourt 2016 « Chanson douce » de Leila Slimani, ainsi que l’article qu’elle donne à « 360 », qui se termine ainsi :

 « Toute la journée j’ai pensé à ce mot, qui résonne pour moi comme une triste évidence. Ce mot, je l’ai entendu pour la première fois en Algérie lorsque j’y ai fait des reportages en 2009 et 2010. La hogra, l’humiliation, le sentiment du mépris que procure l’abus de pouvoir et la médiocrité de ceux qui l’exercent. La hogra, ce sentiment du petit face à la machine qui le broie.

Je me souviens d’une promenade aux abords du marché central à Rabat, lorsque j’avais seize ou dix sept ans. Une femme vendait à même le sol des paniers en osier et des petits sacs qu’elle avait cousus elle-même, dans un joli tissu fleuri. Je me souviens du policier qui est passé à ce moment là. Il portait de vieilles bottines dont le bout était usé. Lui-même avait l’air misérable. C’est avec ces bottines qu’il a donné un coup de pied violent dans les paniers de la dame qui se sont retrouvés dans le caniveau. Le tissu blanc, recouvert de fleurs, était taché de boue. Le policier n’a pas dit un mot, il a juste fait un geste de la main, la bouche tordue par le mépris. Il lui a signifié de partir, de dégager. La femme pleurait et ses larmes, je ne les ai jamais oubliées.

Tous, nous avons assisté à ce genre de scène, dans les marchés, dans les administrations, dans les hôpitaux ou bien dans les salles de classe. Les plus privilégiés, dont je fais partie, ne sentent pas cette hogra dans leur chair, elle ne les rend pas fous de colère, de désespoir. Nous en sommes les spectateurs, impuissants et néanmoins révoltés.


Dans l’avion qui me ramenait à Paris, j’ai lu un article que le quotidien Le Monde consacrait aux pauvres. La France, comme tant d’autres pays, souffre de «pauvrophobie», terme qui désigne selon l’association ATD Quart-Monde le rejet dont les pauvres sont victimes. Les déshérités, les clochards, les migrants, les misérables comme les appelait le grand Victor Hugo, on ne veut pas les voir, on ne veut pas les rencontrer. Pire, on fait d’eux les responsables de tout, on les traite d’assistés, de vampires sociaux. Plutôt que de faire preuve de solidarité à leur égard, on les voue aux gémonies, on les invisibilise.

Dans les villes françaises, des incendies ravagent les centres d’accueil censés porter secours aux plus démunis. Les municipalités installent des grilles autour des bancs ou des piquets sur le sol pour empêcher ceux qui n’ont pas de toit de venir s’y reposer. On ferme des fontaines pour empêcher les familles de Roms de venir y boire.

La hogra est universelle et nous pourrions prêter à tous les damnés de la terre ce mot si fort, si triste, ce mot qui résonne comme un cri pour les laissés pour compte du monde entier. Que vaut une société qui ne sait pas regarder en face les petites gens, les humiliés, les offensés? Victor Hugo, grand écrivain du peuple, écrivait: «Le peuple a sa colère et le volcan sa lave, qui dévaste d’abord et qui féconde après.» Ne l’oublions pas. »

 

Publié dans RADIO

Commenter cet article