LA FIN DES DROITS DE L’HOMME,.. HIER ET AUJOURD’HUI

Publié le par mraplunellois

LA FIN DES DROITS DE L’HOMME,.. HIER ET AUJOURD’HUI

La dangerosité que représente pour l’avenir de nos démocraties le sort que nous réservons aujourd’hui aux réfugiés est de plus en plus fréquemment soulignée, en citant Hannah Arendt.

Cette référence à ses analyses mérite d’être précisée et éclaircie. On les trouve dans son ouvrage « Les origines du totalitarisme », plus particulièrement dans le volume intitulé « L’impérialisme » et dans son chapitre 5 « Le déclin de l’Etat-nation et la fin des droits de l’homme ».

Elle a montré dans les chapitres précédents à quel point le sort réservé aux populations colonisées va affaiblir le socle des droits de l’homme du fait du refus d’étendre ces droits à ces peuples.

Mais la fragilité de la « Déclaration universelle des droits de l’homme » se trouve déjà dans les conditions de sa proclamation par la Révolution française.

« Les mêmes droits fondamentaux étaient en même temps proclamés comme l’héritage inaliénable de tous les êtres humains et comme l’héritage particulier de nations spécifiques. »

Du coup, Disraeli, le célèbre homme d’Etat anglais, pourra déclarer qu’il trouvait « quelque chose de mieux que les Droits des Hommes dans les droits des Anglais ». Et surtout les droits des nationaux d’un pays seront effectivement défendus par le gouvernement de leur Etat, alors que les Droits de l’homme en général, « garantis » par des organismes internationaux inexistants ou n’ayant aucun pouvoir réel face à la souveraineté des nations, resteront de belles déclarations d’intention.

L’évolution de l’histoire européenne va très vite faire apparaitre au grand jour cette contradiction avec la crise des apatrides et des minorités, avant que n’explose l’ensemble de l’édifice au moment de la deuxième guerre mondiale.

« Leur désintégration interne ( celle des Etats-nations) n’a débuté qu’après la première guerre mondiale, avec l’apparition des minorités créées par les traités de paix et d’un mouvement de réfugiés prenant de plus en plus d’ampleur à la suite des révolutions. »

Minorités stigmatisées et réfugiés apatrides vont se déverser dans les Etats se voulant démocratiques avec des conséquences néfastes immédiates. Des conséquences que l’on peut clairement retrouver dans la réalité d’aujourd’hui.

LA FIN DES DROITS DE L’HOMME,.. HIER ET AUJOURD’HUI

Quelques exemples :

- « La première grave atteinte portée aux Etats-nations par suite de l’arrivée de centaines de milliers d’apatrides a été que le droit d’asile, le seul droit qui ait jamais figuré comme symbole des Droits de l’homme dans le domaine des relations internationales, a été aboli. »

- « Dès qu’un certain nombre d’apatrides étaient admis dans un pays par ailleurs normal… non seulement les citoyens naturalisés se voyaient menacés de retourner au statut d’apatrides, mais les conditions de vie faites à tous les étrangers sans exception se détérioraient elles aussi nettement. »

- A l’époque étudiée par Hannah Arendt, elle remarque que les réfugiés étaient toujours suspectés de travailler secrètement pour leur pays d’origine, donc d’abriter des traitres potentiels dans leur masse. Un parallèle immédiat avec la suspicion actuelle d’abriter des terroristes.

- « … le seul substitut concret à une patrie inexistante était le camp d’internement. De fait, ce fut dès les années 30, le seul « pays » que le monde eut à offrir aux apatrides. »

- « … l’incroyable condition d’un groupe toujours plus nombreux d’innocents était comme la démonstration pratique du bien-fondé des affirmations cyniques des mouvements totalitaires selon lesquelles cette histoire de droits inaliénables de l’homme était pure invention, et que les protestations des démocrates n’étaient qu’alibi, hypocrisie et lâcheté face à la cruelle majesté d’un monde nouveau. Les mots mêmes de « droits de l’homme » devinrent aux yeux de tous les intéressés- victimes, persécuteurs et observateurs aussi bien- le signe manifeste d’un idéalisme sans espoir ou d’une hypocrisie hasardeuse et débile. »

- On retrouve même ce rappel à l’actualité dans le choix du vocabulaire : « L’appellation, postérieure à la guerre, « personnes déplacées » a été inventée au cours de la guerre dans le but précis de liquider une fois pour toutes l’apatridie en ignorant son existence. » Comme on préfère substituer aujourd’hui au terme de réfugié celui de migrant.

LA FIN DES DROITS DE L’HOMME,.. HIER ET AUJOURD’HUI

La lecture ou relecture des analyses de Hannah Arendt est urgente.

D’abord, parce qu’il ne faut pas se contenter de ces quelques citations, mais retrouver la force de son argumentaire dans sa progression.

Ensuite, parce que, même si l’on ne doit pas se laisser aller à un trop facile copier-coller, la mise en cause de certains fondamentaux est toujours dangereuse, si on ne sait pas réagir.

Jacques Vénuleth

Publié dans LECTURES

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